Eddy
Une de mes meilleures écoutes au casque.
Commentaire du 1 mai 2022 — Expérience du 21 septembre 2019
Un casque de référence qui réclame un à quatre watts pour donner sa pleine mesure limite sérieusement le choix de l’électronique placée devant lui. C’était le reproche le plus fréquent adressé au LCD-4, sorti en 2015 avec une impédance de 200 ohms. Audeze y a répondu en 2018 par une variante à bobinage basse impédance et châssis allégé, qui reprend intégralement la mécanique du transducteur maison.
Le « z » désigne un bobinage retracé : les pistes conductrices gravées sur la membrane ont été redessinées pour ramener l’impédance de 200 à 15 ohms, avec une sensibilité de 98 dB pour 1 mW mesurée au point de référence tympanique. Audeze présente cette version comme une déclinaison et non comme un remplaçant du modèle à 200 ohms, les deux ayant coexisté au catalogue.
La contrainte change de nature plus qu’elle ne disparaît. Tirer 1 W d’un LCD-4 suppose environ 14 V aux bornes du casque pour 70 mA. Les 250 mW recommandés sur le LCD-4z demandent moins de 2 V, mais près de 130 mA. La tension n’est plus le facteur limitant : c’est l’aptitude de la source à débiter du courant sur une charge de 15 ohms. Or beaucoup de sorties casque portables voient leur puissance caractérisée sur 32 ohms et se restreignent en dessous, sans que la fiche technique le mentionne.
Deux précisions méritent d’être posées. L’impédance d’un transducteur planaire reste quasiment constante sur toute la bande passante, contrairement à celle d’un haut-parleur dynamique : une source à impédance de sortie élevée fait perdre du niveau sans déformer l’équilibre tonal. En sens inverse, 15 ohms associés à 98 dB rendent audible le moindre souffle résiduel d’une électronique bruyante, et le potentiomètre de volume travaille très bas dans sa course.
Là où le LCD-4 monte ses transducteurs dans des anneaux d’ébène de Macassar surmontés de plaques chromées, le LCD-4z reçoit des anneaux et des fourches en magnésium coulé, avec grilles arrière à finition dorée. Le magnésium a été retenu pour sa rigidité et son faible caractère résonant, mais le motif de la substitution est d’abord le poids : Audeze annonce plus de 20 % de gain sur la version bois, soit 560 g au catalogue constructeur, 570 g sur la plupart des fiches distributeurs.
Reste que 570 g demeure une masse conséquente pour un casque. La répartition compte alors autant que le chiffre : l’arceau suspendu en fibre de carbone et le bandeau de maintien en cuir ventilé étalent l’appui sur le crâne, et les coussinets profonds en cuir répartissent la pression autour des oreilles plutôt que sur elles. Le résultat tient assis, en séance longue. Il tient beaucoup moins bien debout, et pas du tout en mouvement. Chaque exemplaire est assemblé et contrôlé dans l’atelier californien de la marque.
Le principe planaire consiste à imprimer un circuit conducteur sur un film très mince tendu entre deux réseaux d’aimants : la force motrice s’applique sur toute la surface de la membrane au lieu de transiter par une bobine collée au centre d’un cône. Avec 106 mm de diamètre, le LCD-4z exploite le plus grand transducteur de la série LCD.
Trois éléments définissent la partie active. La matrice Double Fluxor place des aimants néodyme N50 des deux côtés de la membrane pour une densité de flux annoncée à 1,5 tesla. La membrane Uniforce, d’une épaisseur inférieure à 0,5 micron, présente des pistes de largeurs variables selon leur position, de manière à égaliser la force appliquée entre le centre et les bords. Les éléments Fazor, enfin, sont des guides d’ondes placés devant le transducteur qui organisent le trajet de l’air vers le conduit auditif et corrigent les défauts de phase que produirait sinon la cavité.
Les valeurs annoncées suivent : distorsion harmonique totale inférieure à 0,1 % à 100 dB, réponse de 5 Hz à 20 kHz avec une extension exploitable jusqu’à 50 kHz, pression acoustique maximale supérieure à 130 dB. La conception ouverte à l’arrière évite la compression d’air d’une coque close et allonge la descente dans le grave, au prix d’une isolation nulle dans les deux sens.
Le câble fourni mesure 2,5 m, tressé, avec deux mini-XLR 4 broches côté oreillettes et une terminaison XLR 4 broches symétrique côté source. Un adaptateur vers jack 6,35 mm accompagne le casque dans la mallette rigide, ce qui couvre les sorties asymétriques des amplificateurs casque et des convertisseurs de bureau.
Audeze donne 100 mW comme minimum et 250 mW comme puissance recommandée. Sur 15 ohms, un convertisseur-ampli de bureau correct, un baladeur audiophile ou la sortie casque d’un intégré atteignent ces valeurs sans forcer. La vigilance porte ailleurs : sur la qualité de l’étage de sortie à faible impédance, et sur le niveau d’écoute, qui monte plus vite qu’avec la version 200 ohms et invite à un excès dont le casque, avec ses 130 dB de réserve, ne prévient pas.
L’ouverture arrière tranche la question de l’usage : tout ce qui se joue dans le casque s’entend à un mètre, et tout ce qui se passe dans la pièce s’entend dans le casque. Bureau partagé, transports et salon habité sortent du champ, quelle que soit la facilité d’alimentation.
Restent l’écoute sédentaire en pièce calme et le travail de studio. Sa restitution neutre, avec un médium légèrement charnu et un grave qui descend sans empiéter, a trouvé un accueil durable en mixage et en mastérisation, où l’on cherche à entendre ce qu’un enregistrement contient plutôt qu’une signature de casque. La basse impédance y sert un usage précis : passer de la console à un ordinateur portable ou à un baladeur sans changer de référence d’écoute.
En niveau, oui : 15 ohms et 98 dB suffisent pour atteindre un volume d’écoute confortable derrière un adaptateur USB-C. La réserve porte sur les crêtes. La puissance de sortie de ces petits adaptateurs est généralement mesurée sur 32 ohms et ne se transpose pas telle quelle sur 15 ohms ; le grave perd sa tenue et sa dynamique bien avant que le niveau moyen ne paraisse insuffisant. Un baladeur ou un adaptateur mieux doté en courant se comporte autrement.
Audeze annonce la même signature sonore pour les deux versions et les a positionnées comme complémentaires. Ce qui diffère physiquement se limite au bobinage, aux anneaux d’oreillette et au poids : la membrane, la matrice magnétique et les guides Fazor sont identiques. Une comparaison directe dépend surtout de l’amplification employée, puisqu’une même source pénalise mécaniquement la version 200 ohms si sa réserve de puissance est courte.
Oui. Chaque oreillette reçoit un mini-XLR 4 broches, connectique commune à la série LCD, et le câble se dépose sans démontage. La terminaison d’origine étant en XLR 4 broches, un baladeur à prise symétrique 4,4 mm réclame un câble du commerce ou un adaptateur, aucun des deux n’étant fourni.
Non. L’adaptateur XLR 4 broches vers 6,35 mm rend le casque utilisable sur n’importe quelle sortie asymétrique. Le mode symétrique double la tension disponible sur les amplificateurs qui proposent les deux, argument qui pèse sur un casque à forte impédance et beaucoup moins ici : sur 15 ohms, une sortie 6,35 mm correctement dimensionnée en courant fournit déjà les 250 mW recommandés.
Audeze commercialise des coussinets de rechange pour la série LCD. Leur remplacement relève de l’entretien courant et pas seulement du confort : un coussinet tassé rapproche l’oreille du transducteur, réduit le volume d’air enfermé et modifie l’équilibre tonal, surtout dans le bas du spectre. Un casque qui semble avoir maigri du grave après quelques années tient souvent là son explication.
Pour le mixage et la mastérisation, non. Pour l’enregistrement d’une prise micro dans la même pièce, oui : le retour du casque fuit vers le micro et se retrouve dans la piste. Un casque fermé reste la solution en cabine, le LCD-4z intervenant ensuite, une fois les prises faites.
Cela dépend de son câblage. Beaucoup d’intégrés dérivent leur prise casque des bornes d’enceintes à travers des résistances de forte valeur, ce qui donne une impédance de sortie de plusieurs dizaines d’ohms. Sur un transducteur planaire à impédance plate, la conséquence est une perte de niveau et de réserve dynamique, pas une déformation du timbre. Une sortie casque disposant de son propre étage d’amplification, comme on en trouve sur les intégrés récents, donne un résultat sensiblement différent.
Eddy
Une de mes meilleures écoutes au casque.
Commentaire du 1 mai 2022 — Expérience du 21 septembre 2019