Le NAD C298 incarne l’aboutissement de près de cinquante années d’expertise en amplification, intégrant la technologie Purifi Eigentakt dans un châssis sobre qui privilégie la substance plutôt que l’apparence. Cette électronique de puissance représente un tournant technologique pour la marque britannique, offrant des performances qui défient les conventions établies dans cette gamme tarifaire.
Une conception technique sans compromis
Le C298 marque une rupture avec les architectures traditionnelles d’amplification. Au cœur de cet appareil se trouvent les modules Eigentakt, développés par la société danoise Purifi sous la direction de Bruno Putzeys et Lars Risbo, deux figures emblématiques de l’amplification numérique moderne. Cette technologie auto-cadencée (Eigentakt signifie littéralement “auto-horloge” en allemand) représente l’évolution la plus significative de la classe D depuis l’introduction des modules Hypex NCore.
L’architecture du C298 repose sur une alimentation à découpage de conception NAD, spécifiquement optimisée pour ces modules. Cette alimentation dimensionnée généreusement permet de délivrer 185 watts continus par canal sous 8 ohms, avec des réserves dynamiques impressionnantes atteignant 570 watts lors des transitoires musicaux. Le facteur d’amortissement supérieur à 800 témoigne d’un contrôle exemplaire des membranes, garantissant une reproduction précise même avec des charges complexes.
La disposition interne révèle une attention méticuleuse aux détails. Les étages d’entrée, développés spécifiquement par NAD, intègrent des amplificateurs tampons ultra-faibles en bruit qui préservent l’intégrité du signal quelle que soit l’impédance de la source. Cette approche diffère des implémentations génériques et permet au C298 d’accommoder une grande variété de préamplificateurs sans dégradation sonore.
Polyvalence et flexibilité d’utilisation
Le panneau arrière du C298 révèle une connectique pensée pour s’adapter à tous les contextes d’utilisation. Les entrées symétriques XLR côtoient les traditionnelles RCA asymétriques, chacune sélectionnable via un commutateur dédié. Cette double connectique permet l’intégration dans des systèmes professionnels comme domestiques, avec une impédance d’entrée de 56 kΩ qui garantit une charge négligeable pour tout préamplificateur.
Le contrôle de gain variable constitue une caractéristique particulièrement appréciable. Ajustable de 8,5 dB à 28,5 dB en mode stéréo, il permet d’adapter précisément le niveau d’entrée aux autres maillons de la chaîne. Cette fonctionnalité s’avère indispensable lors de l’association de plusieurs amplificateurs ou dans les systèmes multi-amplifiés actifs. Les sorties ligne RCA permettent le chaînage vers d’autres amplificateurs ou l’ajout de caissons de grave, transformant le C298 en véritable centre névralgique de systèmes complexes.
La fonction d’auto-détection mérite une attention particulière. Son seuil ajustable permet un déclenchement automatique dès réception d’un signal, autorisant l’installation de l’amplificateur dans un meuble fermé ou à distance des sources. Les entrées et sorties trigger 12V complètent ces possibilités d’automatisation, s’intégrant parfaitement dans les installations domotiques modernes.
Le mode pont : une puissance monumentale
La capacité de pontage transforme radicalement le C298. Un simple commutateur à l’arrière convertit l’amplificateur stéréo en monobloc délivrant 620 watts continus sous 8 ohms, avec des pointes dynamiques atteignant 1000 watts. Cette configuration nécessite cependant certaines précautions : NAD utilise une topologie spécifique où le signal est prélevé entre la borne positive gauche et la borne négative droite, configuration inhabituelle mais nécessaire pour optimiser la charge de l’alimentation.
Cette architecture particulière interdit certaines connexions, notamment les caissons de grave avec masse commune ou les systèmes de commutation partageant une référence de masse. Les symboles d’éclair visibles sur les borniers rappellent cette particularité technique. En contrepartie, cette configuration offre une séparation des canaux supérieure à 100 dB à 1 kHz et maintient la linéarité de réponse même sous charges complexes.
L’utilisation de deux C298 en configuration monobloc constitue l’expression ultime de cette architecture. Chaque amplificateur dispose alors de toute sa réserve de courant pour un seul canal, éliminant toute interaction entre voies. Cette configuration convient particulièrement aux enceintes exigeantes ou aux écoutes à fort niveau, où la maîtrise absolue des transitoires devient critique.
Design industriel et construction
L’esthétique du C298 reflète la philosophie NAD : fonctionnalité avant ornementation. Le châssis en tôle emboutie peut sembler spartiate comparé aux réalisations haut de gamme, mais cette simplicité dissimule une construction rigoureuse. Pesant 11,2 kg, l’amplificateur reste substantiel pour un appareil en classe D, témoignant de l’alimentation généreusement dimensionnée et du dissipateur thermique intégré.
La façade se limite à l’essentiel : un bouton de mise sous tension et deux LED d’état. Cette sobriété délibérée élimine toute distraction visuelle, concentrant l’attention sur la fonction première de l’appareil. Le processus de démarrage suit une séquence précise : après activation de l’interrupteur principal à l’arrière, une pression sur le bouton frontal déclenche un relais après quelques secondes, la LED passant de l’orange au bleu pour signaler la disponibilité de l’amplificateur.
Les dimensions de 435 × 120 × 390 mm respectent le format standard hi-fi, facilitant l’intégration dans tout meuble audio. Les ouïes de ventilation, positionnées stratégiquement au-dessus d’un seul dissipateur, optimisent la convection naturelle. Malgré l’efficacité de la classe D, NAD a prévu une dissipation thermique conséquente, garantissant une fiabilité à long terme même en utilisation intensive.
Performances mesurables et qualités subjectives
Les spécifications techniques du C298 impressionnent par leur cohérence. La réponse en fréquence maintient une linéarité de ±0,2 dB de 20 Hz à 20 kHz, avec une extension à -3 dB à 60 kHz. Cette largeur de bande, inhabituelle pour un amplificateur de cette gamme, garantit une phase linéaire dans toute la zone audible. Le rapport signal/bruit dépasse 120 dB pondéré A, plaçant le bruit de fond bien en dessous du seuil de perception même dans les systèmes les plus résolus.
La distorsion harmonique totale, inférieure à 0,005% de 1 à 185 watts, reste constante quelle que soit l’impédance de charge. Cette stabilité distingue les modules Eigentakt des générations précédentes de classe D, dont les performances variaient significativement selon la charge. Le courant de sortie crête supérieur à 25 ampères sous 1 ohm témoigne de capacités en courant comparables aux amplificateurs traditionnels les plus robustes.
La dynamique constitue le point fort immédiat : les transitoires sont reproduites avec une vélocité et une absence de compression remarquables. Les basses fréquences bénéficient particulièrement de cette architecture, avec une articulation et une définition qui rivalisent avec les meilleures réalisations en classe AB. Le médium conserve une neutralité exemplaire, sans coloration apparente, tandis que l’aigu présente une extension naturelle dépourvue de la dureté parfois associée à la classe D.